Ultragonzo 2.0 : l’expérience de l’ultrasubjectivité dans un univers datacentré


Audrey Vuétaz
Jeudi 7 Juin 2012

À l’heure où fleurissent les sites de fact-checking et où le journalisme data-centré est érigé en modèle, un véritable "ovni" vient faire son entrée sur la Toile. Son nom : Ultragonzo 2.0, un site qui prône le journalisme… ultrasubjectif.


Ultragonzo 2.0 : l’expérience de l’ultrasubjectivité dans un univers datacentré
Il fallait de l’audace, pour dépoussiérer le gonzojournalisme (ou journalisme subjectif) développé dans les années 60 par Hunter S. Thompson, pour l’adapter au web 2.0, à l’époque où de nombreux médias en ligne ne jurent que par le datajournalisme.
C’est pourtant ce qu’ont choisi de faire Miguel Ange Martin et Benoît Dupont, deux initiateurs du site Ultragonzo 2.0. « Il s’agit d’une réaction épidermique au journalisme datacentré qui fait que le rédacteur perd de sa personnalité et de son apport dans l’écriture. C’est particulièrement vrai sur le web, où beaucoup de sites se contentent de recopier des dépêches d’agence ou des communiqués. Au final, on a l’impression de lire un prompteur. », explique Benoît Dupont. « Même si notre démarche est un peu extrême exagérée, nous voulons dénoncer le manque d’implication personnelle dans certains magazines en ligne et amener à une prise de conscience », complète-t-il.
Et Miguel Ange Martin de compléter : « il n’existe pas de méthode d’investigation du réel digne de ce nom, nous n’avons pas le recul nécessaire. Il est donc un peu biaisé de se revendiquer du journalisme objectif ». Les gonzonautes ont choisi d’assumer ce constat, avec pour parti-pris l’ultrasubjectivité. 

Le journaliste au premier plan

Ultragonzo 2.0 : l’expérience de l’ultrasubjectivité dans un univers datacentré
Dans l’expérience « gonzo », l’égo du journalisme, ses émotions, ses sensations, sont mises en avant par rapport aux faits.  On assume pleinement la subjectivité que d’autres essayent d’estomper. Pourtant, la pratique n’est pas nouvelle : « c’est quelque chose de très courant chez certaines stars du journalisme aujourd’hui », rappelle Miguel Ange Martin, « Zemmour  ou Quatremer mettent en avant leurs propres égos par rapport aux faits qu’ils relaient. » Et le web 2.0 semble donner une nouvelle substance au « personnal branding ».  « La blogosphere a permis à des tas d’égos de s’exprimer et d’avoir un levier, bien plus important que ce que l’on avait droit dans le 1.0. », souligne Benoît Dupont.
On comprend ainsi mieux les dessous du choix du nom du site : Ultragonzo 2.0. 

Une expérience avant tout

Ultragonzo 2.0 : l’expérience de l’ultrasubjectivité dans un univers datacentré
Le site n’est pas amené à durer; il sera visible du 25 mai au 25 juin 2012 avant de disparaître complètement de la Toile. « Il s’agit avant tout d’une expérience et puis il est difficile d’envisager qu’un papier lié au vécu d’une personne ait encore de la pertinence dans 5 ans. », expliquent, lucides les initiateurs du site. Une contrainte de temps qui crée cependant une certaine émulation : « nous devons écrire, écrire, écrire parce que dans un mois c’est fini », expliquent-ils. Vingt gonzonautes bénévoles composent donc sans relâche sur tous types de faits « journalisables ».  Dans un mois, ils pourront faire le bilan de l’expérience.  

« Nous ne prétendons pas détenir la vérité, nous faisons simplement une proposition », expliquent Miguel Ange Martin et Benoît Dupont. « Nous ne sommes pas non plus des puristes, des conservateurs du gonzojournalisme. Nous sommes partis de ce qu’avait lancé Thompson, et nous nous le sommes réappropriés pour proposer un journalisme « gonzo » dans la langue française. Il s’agit simplement d’une idée de piste possible, ça n’a rien de novateur », tiennent-ils à préciser. « Peut-être que nous taperons complètement à côté, mais pour l’instant nous proposons et nous analyserons le résultat à la fin ».
Et qui sait, selon le bilan, rien n’exclut une nouvelle saison d’Ultragonzo.

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