Twitter influence-t-il la campagne de 2012 ?


Audrey Vuétaz, encadré : Camille Legrand
Mercredi 8 Février 2012

Cécile Duflot, Nadine Morano, Eric Besson, Nicolas Dupont-Aignan… Les politiques se sont accaparé Twitter et multiplient les messages de moins de 140 caractères. Le réseau social leur permet de communiquer directement avec le grand public. Mais si les gazouillis se multiplient, Twitter influence-t-il pour autant la campagne présidentielle de 2012 ?


En 2007, les blogs s’imposaient et Twitter  était un réseau confidentiel. Aujourd’hui on compte, en France, près de 5,2 millions de profils d’utilisateurs. Le réseau est aussi beaucoup plus accessible : avec un téléphone Androïd ou une tablette, il est possible de se connecter partout : dans les transports, dans la rue… Plus besoin d’ordinateur.
Pour les politiques, Twitter est donc devenu un élément de la parfaite panoplie de communication. L’exemple de Barack Obama, les a surement beaucoup motivés. Pour sa campagne de 2008, le candidat démocrate faisait figure de « candidat des réseaux sociaux ». Twitter et les autres semblent avoir joué un rôle direct dans son élection. Aujourd’hui encore, sa stratégie fait figure d’exemple pour les pointures du marketing.
Twitter influence-t-il la campagne de 2012 ?

Pourquoi Twitter plus que Facebook ?

L’usage politique de Facebook n’en est encore qu’à ses balbutiements. Les politiques ont des pages que les gens peuvent aimer ou non, mais ce réseau semble être propice à un usage plus personnel. Eric Dupin, journaliste politique présent sur Twitter trouve, lui, que Facebook est trop chronophage : « je ne souhaite pas me diversifier à outrance, car être sur plusieurs réseaux prend du temps. Et je ne suis pas très Facebook, cela m’ennuie de mettre à jour les profils ».

Twitter : la plateforme des journalistes

Si l’on dénombre 5,2 millions de comptes Twitter, il faut garder à l’esprit que la majorité d’entre eux appartiennent à des journalistes. Pierre Guillou, fondateur du site Elus2.0, consacré au web politique, explique d’ailleurs dans un article du Monde, que « sur Twitter, on s'adresse d'abord aux journalistes, d'où un effet d'amplification du message».
Twitter est d’ailleurs souvent décrit comme le réseau du buzz, où l'on est sûr de trouver les bonnes personnes pour donner le maximum d'écho à ses déclarations.
Mais les journalistes aussi y trouvent leur compte. Arnaud Mercier, professeur en communication politique, explique que Twitter est un outil de veille pour les journalistes. Eric Dupin complète: « pour moi, Twitter est d’abord un instrument d’alerte. Je surveille ce réseau car c’est là qu’on voit se développer une rumeur qui peut avoir une certaine influence. Petits faits, petites prises de position ont un écho sur Twitter qu’ils n’ont pas dans les grands médias », explique-t-il.

Twitter permet aussi de commenter en direct une émission de radio ou de télévision. Pour les journalistes, c’est un feed-back tout trouvé. Ils peuvent connaître à l’instant T, les réactions à telle ou telle déclaration, en observant simplement les commentaires postés sur Twitter.
Ceux-ci ne se font en général pas attendre : lors de l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy, dimanche 29 janvier, le nombre de tweets contenant le hashtag (mot-clé) #Sarkozy a explosé. D’après le site Blog e-reputation, on constatait une activité en hausse de 152%, au terme de la première demi-heure d’intervention.
 
Twitter peut donc être une alternative aux sondages d’opinion. Mais comme le souligne Arnaud Mercier: « il ne les remplace en aucun cas ! ». Car seule une très petite partie de la population, est présente et active sur le réseau.

Twitter influence-t-il la campagne de 2012 ?


Patienter jusqu'en 2017

Relai d’information, communication directe avec le public, rapidité… Les atouts du réseau sont évidents. Mais en l’état actuel des choses, pour Eric Dupin, il est abusif de penser que la campagne présidentielle va se jouer sur Twitter. Si le réseau se développe en France, il est loin d’avoir la même influence qu’aux Etats-Unis en 2008. Du côté des politiques, on n’observe pas non plus le même professionnalisme que l’on a connu avec la campagne d’Obama. Les politiciens savent qu’ils doivent être présents sur les réseaux et sur Twitter, mais ne savent pas comment les utiliser. Pour Arnaud Mercier, « ils n’ont pas de stratégie claire ».
 
Certains, comme François Bayrou, organisent pourtant des séances de questions sur Twitter. D’autres échangent directement avec leurs followers. C’est le cas de Nicolas Dupont-Aignan ou Cécile Duflot, entre-autres. Mais leurs cas sont isolés.
Eric Dupin déplore d’ailleurs que beaucoup de politiques utilisent Twitter comme émetteur et ne réagissent pas. « Pourtant je pense qu’il faut un dialogue. On ne peut bien sûr pas demander à François Hollande de réagir à toute intervention, mais il devrait quand même être plus réactif », explique le journaliste en ajoutant : « certains ne font que de la communication de manière traditionnelle, ils twittent leurs communiqués et n’ont pas compris que sur Twitter il faut avoir un langage particulier ».
 
Twitter se développe et pourrait permettre à ceux qui savent l’utiliser de se démarquer dans la campagne. Mais il faudra sûrement attendre les élections de 2017 pour observer une réelle influence de Twitter. À moins qu’un autre média ne soit déjà entré en jeu.

Le Twittoscope, un nouvel outil politique ?

Lancé en janvier 2011 par TNS Sofres, le Twittoscope est le nouveau baromètre de l’opinion politique sur Twitter. Cet outil « répertorie l’ensemble des tweets citant des personnalités politiques », explique Pierre Jougla, chargé d’étude au département stratégies d’opinion de TNS Sofres. Ces données permettent d’établir un classement publié ensuite, par le journal Métro et sur Tf1 News. En décembre, la première place revient à Nicolas Sarkozy, avec 137 700 tweets mentionnant le Président de la République. François Hollande et François partagent également le podium, respectivement à la deuxième et troisième place.
En outre, le Twittoscope détaille la tonalité de ces messages. On remarque que 20% de ceux concernant Nicolas Sarkozy sont négatifs contre 0,5% de positifs.
Un outil certes pratique à l’approche de la campagne présidentielle, mais pas tout à fait représentatif. Le baromètre se base sur un panel très restreint de la population. Pierre Jougla le confirme « les gens inscrits sur Twitter sont souvent des personnes jeunes, citadines et CSP+ ». Son utilité reste donc relative.
« Cependant le principal c’est que le sondage intéresse le public et ça semble être le cas » précise  l’intervenant.

Voir ici les résultats du twittoscope d'octobre

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