Au moment de la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad, Golli était à Paris. Elle est repartie en Iran en août, voir sa famille, soutenir les manifestants depuis l’intérieur. Se sentait-elle coupable de protester tranquillement sur le Champ de Mars pendant que ses amis étaient lynchés par les Bassidjis, la police anti-émeutes iranienne ? Elle ne le dira pas. Elle ne parlera pas non plus des exactions dont elle a été témoin. Elle se contentera de parler de l’espoir, celui qu’elle et ses amis avaient avant l’élection et qui ne les a pas quittés, même après les résultats. Même après le constat de la comédie démocratique.
Depuis Paris, c’est grâce à Internet qu’elle a pu prendre des nouvelles de sa famille. Sur Facebook d’abord. Jusqu’à ce que le site soit bloqué. Par qui ? Par les fournisseurs d’accès à Internet tout simplement. Bien sûr, des entreprises privées ont investi le marché iranien, et ce dès 1994. Mais en janvier 2003, Une commission a été créée pour recenser les sites d’informations jugés « illégaux ». Elle est composée de représentants du ministère de la Culture et de l’Orientation islamique, du ministère des Renseignements, ainsi que de la radio et télévision d’Etat. C’est elle qui fournit une liste des sites « illégaux » dont les fournisseurs d’accès doivent assurer le filtrage. Pour Golli, ne restait plus que le téléphone et les emails pour s’assurer de la sécurité de ses proches.
Quelques semaines avant l’élection, le climat est détendu. Certains sites internet, souvent muselés auparavant, sont de nouveau accessibles. Mais dès les premiers jours qui suivent la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, la censure reprend de plus belle.
Avant-élection (696.97 Ko)
Quelques semaines avant l’élection, le climat est détendu. Certains sites internet, souvent muselés auparavant, sont de nouveau accessibles. Mais dès les premiers jours qui suivent la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, la censure reprend de plus belle.
Une fois en Iran, la coordination de la protestation se jouait sur le web. En partie grâce aux entreprises Internet et aux utilisateurs du web qui se sont mobilisés pour aider les contestataires iraniens à communiquer, à s'organiser. Le 12 juin, le conservateur Ahmadinejad est réélu. Le 16, une opération de maintenance prévue sur Twitter est repoussée pour que les internautes continuent d'avoir accès à la plate-forme de micro-blogs. Le 19 juin, Facebook et Google lancent leur version en Farsi, la langue persane. Et de par le monde, des dizaines de surfeurs mettent en place des serveurs proxy pour permettre aux iraniens de se rendre sur les sites bloqués par le gouvernement
L’enterrement d’un garçon mort pendant les manifs, annoncé sur le web, attire plus de 400 personnes de bon matin à 1h de Téhéran.
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L’enterrement d’un garçon mort pendant les manifs, annoncé sur le web, attire plus de 400 personnes de bon matin à 1h de Téhéran.
Avant de partir et à son retour à Paris, Golli tente de glaner des nouvelles sur ce qui se passe chez elle. Et Internet est sa seule source d’informations sur le déroulement des manifs. Là, elle a est confrontée aux mêmes problèmes que les médias occidentaux, interdits de séjour en Perse. A savoir : au milieu de la masse d’informations, de vidéos, de photos, de rendez vous fixé sur le web, démêler désinformation et sources légitimes. Mais elle a ses astuces. D’abord, elle prête peu d’attention au brouhaha de Twitter. Et quand elle le fait, elle ne « prend en compte que les twitts des personnes qu’elle connaît personnellement ou de réputation fiable ». Pour trouver les lieux et dates de ralliement pour les manifestations, elle se rend sur des sites « légitimes ». « Depuis les élections, deux nouveaux sites sont apparus sur la toile : l’un est celui du mouvement vert, qui coordonne la protestation à la fois en Iran et à l’étranger. Le second est celui du candidat malheureux Mir Hossein Moussavi ». Pour chacune des manifestations, l’heure et l’endroit du rendez-vous étaient repris par le site du réformateur.
Comment sait-elle qu’une info donnée sur le net est fiable ? En sélectionnant ses sources.
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Comment sait-elle qu’une info donnée sur le net est fiable ? En sélectionnant ses sources.
Un effet pervers : comme les autres, les gardiens de la révolution n’ont qu’à cliquer pour être au courant des évènements prévus par les manifestants. Alors à chaque défilé, les pasdaran, des paramilitaires, sont là avant tout le monde, en force, avec armes et cameras. D’où la nécessité de rester anonyme, dans la rue, et sur le web. Les jeunes iraniens se sont donc familiarisés avec certains des outils des hackers, les pirates du web. Ils utilisent des anti-filtres pour accéder aux sites bloqués par le gouvernement. Echaudés par l’histoire de Clothilde Reiss, cette étudiante française en Iran, arrêtée et jugée pour avoir envoyé des photos des actions protestataires par mail, ils brouillent leur adresse IP pour communiquer par messages électroniques. Parce que l’adresse IP mène à votre fournisseur d’accès qui, dans votre dossier d’abonnement, possède votre nom et votre adresse.
L’adresse IP, les anti-filtres, ça ne vous dit rien ? Les contestataires d’Iran en sont familiers. Parce que l’anonymat est indispensable à leur liberté. Et ça ne date pas du mois de juin…
Anonymat (619.67 Ko)
L’adresse IP, les anti-filtres, ça ne vous dit rien ? Les contestataires d’Iran en sont familiers. Parce que l’anonymat est indispensable à leur liberté. Et ça ne date pas du mois de juin…
Mais cette maîtrise de la clandestinité sur Internet ne date pas du 12 juin. D’abord, l’Iran est le pays du Moyen-Orient où le réseau a progressé le plus rapidement depuis 2000 : 20 millions d’internautes pour 73 millions d’habitants. On comptait 700 000 blogs en 2005. Dès la première élection d’Ahmadinejad en 2004, le gouvernement conservateur bloque les contenus web en désaccord avec les préceptes de loi islamique. Alors depuis cinq ans, les iraniens s’exercent à contourner la censure gouvernementale. C’est presque l’arroseur arrosé : en multipliant les interdits, le gouvernement iranien a entraîné sa population à s’organiser, à trouver les outils pour passer outre. A devenir incontrôlables ?






















Internet fédère la diaspora iranienne
