Le portfolio sonore : « une forme narrative fantastique »

Rétrospective 2009


Laurie Goret
Mercredi 3 Février 2010

Des images et du son comme support journalistique. Les portfolios sonores ne représentent pas une innovation technologique. Pourtant, ils se développent au sein de la profession en proposant un nouveau format de publication. Sur le web, le mélange des genres n’est pas mission impossible : les journalistes se réapproprient le nagra et l’appareil photo. Deux technologies qui, utilisées simultanément, leur permettent de travailler différemment.


Photo Cécile Gregoriades
Photo Cécile Gregoriades
De Lyon à Los Angeles, Cécile Gregoriades a tracé sa route. Elle a quitté la France pour suivre sa dernière année d’études à l’université du Texas, où elle s’est spécialisée dans le journalisme multimédia. Elle travaille à Los Angeles depuis le mois de janvier 2008 en freelance. LeMonde.fr et LaCroix.com, BFM TV et France 24, RMC et Radio Classique ou France USA Media. La jeune reporter propose des sujets d’enquête à tous les médias, sur tous les supports. Entretien.

Photo Cécile Gregoriades
Photo Cécile Gregoriades
Comment vous êtes-vous lancée dans la réalisation de portfolios sonores ?
Mon année de spécialisation en journalisme multimédia m’a énormément appris. J’étais assez polyvalente grâce à ma formation (IUP Médias à Lyon ndrl) et mes différents stages. J’ai réalisé que je pouvais combiner ces compétences dans le multimédia.
Un cours en particulier m’a ouvert les yeux sur le journalisme multimédia, dans lequel j’ai réalisé un sujet sur les prisons au Texas avec une photojournaliste étudiante comme moi. Nous avons allié nos compétences : elle, la photo, moi, plutôt le son. On a finalement produit un webdocumentaire sous flash. Ça a été une vraie révélation. Et depuis, je démarche les médias en leur proposant des idées de sujets.

Pourquoi avez-vous opté pour le support multimédia ?
Le support multimédia est une nouvelle forme narrative fantastique. On donne à voir, à entendre, à lire. Cela permet à l’internaute d’appréhender un sujet différemment, en y apportant à la fois l’émotion des images, l’analyse du son et le recul du texte.

Utilisez-vous votre matériel personnel ?
Tout le matériel que j’utilise a été financé par mes reportages. Je dispose d’un ordinateur Mac Book Pro, d’un appareil photo reflex numérique Canon Eos 20D, d’un micro numérique de la marque HHB Flashmic et d’une petite caméra vidéo numérique. Mais j’utilise essentiellement mon appareil photo et mon micro quand je pars en reportage. Sans oublier les indispensables : calepin, téléphone portable, stylo et sac à dos.
Je travaille à 90% du temps en solo. La polyvalence est un maître mot. Bien sûr, je suis plus à l’aise avec certains médias ; le son par exemple. Mais il faut être bon derrière un appareil photo, une caméra vidéo, un micro autant que derrière son calepin. La technologie aide, mais ce qui fait avant tout un bon journaliste, c’est la force du sujet, l’angle et la qualité du reportage.

Pourquoi travailler aux Etats-Unis plutôt qu’en France ?
Vivre aux Etats-Unis est un choix à la fois personnel et professionnel. Je ne l’ai pas vraiment choisi à la base et puis je me suis trouvée sur place, dans une grande ville - Los Angeles - au moment où la campagne pour les élections américaines prenait de l’ampleur. J’étais au bon endroit au bon moment.
J’ai commencé à envoyer des propositions de sujets à l’une des entreprises de presse où j’avais fait un stage : LeMonde.fr. Ensuite, les sujets se sont enchainés et les collaborations se sont diversifiées. Etre aux Etats-Unis m’a permis de travailler avec de nombreux médias français pour lesquels je n’aurais certainement pas pu travailler si j’étais en France, à cause de la loi de l’offre et de la demande. Je suis maintenant établie ici, j’ai une activité professionnelle régulière en dehors de mon travail de journaliste.

Aux Etats-Unis, l’usage des portfolios sonores est-il plus répandu qu’en France ?
Les grands journaux et les journaux régionaux s’y sont mis plus rapidement qu’en France. Ils ont vu la rapidité avec laquelle les lecteurs consultaient leurs articles sur Internet, et se sont mis à explorer de nouvelles formes narratives, dont le portfolio sonore fait partie.
Le New York Times est assez précurseur en la matière et propose des formes innovantes de journalisme sur Internet, avec des blogs qui se créent pour un événement particulier, comme les élections américaines ou le débat sur la réforme du système de santé. Ils sont très réactifs et marchent bien. On y retrouve de plus en plus de vidéos, et des graphiques interactifs mélangeant vidéo, son et texte. Même les journaux régionaux comme le Las Vegas Sun ou le San Jose Mercury News ont été eux aussi innovants. Ils n’ont pas attendu de voir ce que faisaient les nationaux.

Portfolio sonore sur le détatouage à Los Angeles
Portfolio sonore sur le détatouage à Los Angeles
Quel type de sujets traitez-vous en utilisant un portfolio sonore ?
Les portfolios sonores sont idéaux pour des sujets plutôt magazine. Ils sont l’occasion de revenir ou de faire un point sur un thème donné, loin de l’actu brûlante, pour laquelle les formats traditionnels sont plus appropriés.

Quels sont les avantages et les inconvénients de travailler avec un portfolio sonore?
J’ai besoin d’images, donc je ne peux pas faire de sujets sur New York ou la Floride. Je dois rester sur des sujets locaux qui ont une résonance nationale, voire internationale : la crise en Californie, qui fait ricochet dans le reste du pays, ou l’immigration clandestine entre le Mexique et les États-Unis, qui rencontre un fort écho en Europe.
Faire un portfolio sonore, c’est aussi beaucoup de travail en postproduction que l’on peut sous-estimer. Derusher, éditer, sélectionner, faire son script, peaufiner, exporter un sujet multimédia. Ça prend autant de temps qu’à tourner sur le terrain, sinon plus.
Un autre inconvénient renvoie à la façon d’exercer le journalisme aujourd’hui. C’est le manque de moyens et la nécessité de travailler seul pour des raisons économiques. Idéalement, un sujet multimédia se réalise en équipe. L’un se concentre sur l’image, l’autre sur le son et il y a des allers-retours sur le sujet comme cela se pratique généralement dans une équipe. Cela manque parfois pour des sujets lourds requérant une polyvalence non seulement technique mais aussi linguistique.

NB. Pour retrouver tous les portfolios sonores de Cécile Gregoriades, rendez-vous sur son blog.

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