Le "mojo" va t-il débarquer en France ?Valérie Criton
Jeudi 15 Janvier 2009
Décrit abondamment de l'autre côté de l'atlantique, un nouveau profil journalistique pointe le bout de son nez.
Chuck Myron, mojo chez Gannet
Le mojo - contraction de mobile et journalist - est un web journaliste. Ultra rapide et efficace. Il vit et travaille dans sa voiture. Son matériel à portée de main. Une caméra DV, un téléphone mobile, un ordinateur portable et une connexion wifi lui suffit pour travailler. Son secret ? Il passe sa journée sur la route à pourchasser l’information quelqu’en soit la valeur et envoie plusieurs fois par jour des papiers, photos et vidéos qui seront diffusés immédiatement sur le site web. Le chat coincé dans l’arbre, le petit accrochage entre deux voitures au coin de la rue, l’interview du responsable des pompiers, le maire de la ville en conférence de presse, etc. Un flux constant d’informations locales alimentant un «micro-site web».
Mis en place par le groupe Gannet (le plus grand éditeur de journaux des Etats-Unis avec 85 quotidiens dont USA Today, 23 stations de télévision et 23 millions de visiteurs uniques sur l’ensemble des sites du groupe), le concept « mojo » est né d’une réflexion sur l’évolution du fonctionnement journalistique. L’entreprise perdait des lecteurs et de l’argent au profit des webmédias. Elle a donc décidé de réagir en créant de la « micro-information » en ligne à laquelle les internautes peuvent accéder en tout temps. Des nouvelles sans cesse renouvelées par le mojo sur le terrain. Chuck Myron, mojo du New-press de fort Myers en Floride, expérimente cette nouvelle façon de travailler. Pour lui, le fonctionnement mojo « n’est pas une bonne ou une mauvaise idée. C’est une idée nouvelle (…). Nous ne pouvons plus pratiquer le journalisme de la manière dont nous l’avons fait jusqu’à présent, à moins d’être complètement hors-course. Des millions de lecteurs nous ont déjà quittés et se demandent pourquoi nous ne les avons pas suivis. Le journalisme professionnel a toute sa place en ligne, et il est grand temps que nous la prenions.»
En France, les rédactions rechignent à passer le cap. Exception faite de Reuters qui a suivi le mouvement et publie même sur son site une page dédiée au mojo dans laquelle sont présentés tous les accessoires du journaliste mobile. L’AFP (Agence France Presse), concurrente française de Reuters, prend ses distances face à ce nouveau profil journalistique : « nous ne sommes pas encore totalement transformés en « one man band », mais on va certainement s’en rapprocher », constate Patrice Collen, Directeur de l'information de l'AFP.
Même écho du côté de Grenews. Le webzine de Grenoble vient tout récemment d’être récompensé pour l’aspect novateur de son fonctionnement; pourtant l’équipe fonctionne encore de façon classique. Une rédaction, des journalistes, des techniciens chapeautés par des rédacteurs en chef; un processus d’édition. Eric Scherer, directeur analyse stratégique de l’AFP et spécialiste des nouveaux médias reste partagé sur la pratique. Pour lui, si un journaliste peut utiliser tous les moyens qu’il a à sa disposition pour effectuer son travail, c’est plutôt une bonne chose. Par contre, produire de l’info en instantané, directement du producteur au consommateur, ça peut devenir très dangereux : « ce qui est dangereux, c’est l’absence de processus d’édition. Sans ce processus, cela s’apparente à du journalisme citoyen et le journalisme citoyen n’est pas du journalisme. » Il ajoute : « à partir du moment où les conditions de recueil et de vérification de l’information sont bien respectées et qu’elles répondent aux critères journalistiques, on peut considérer le mojo comme un journaliste à part entière. » La transition se fait donc en douceur. Pour certains, ce n’est qu’une question de temps même si on est encore loin de la mini caméra DV, du mini micro et du mini pied voire du téléphone portable que l’on peut apercevoir sur la page web de Reuters et des conditions de travail de Chuck Myron, le mojo de Gannet, qui sillonne sa zone géographique, traquant la moindre info. Les passerelles entre les anciens et nouveaux supports se créent. Le mojo, qui œuvre actuellement en Afrique et au Québec, fait doucement son entrée dans le paysage journalistique français. Lu 1554 fois
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