Le data-journalisme peine à se développer en France


Elodie Castelli
Dimanche 24 Janvier 2010

En France, le « journalisme de données » a du mal à se faire connaître, contrairement à l'étranger où il semble davantage se développer. Quelques médias tentent pourtant l'expérience en France, comme le site Mediapart.


« Actuellement, les médias traditionnels traitent l’actualité par le récit (stories), ils racontent des histoires. A l’opposé, le database journalism initie un traitement de l’actualité par les données (data) ». C’est ce qu’affirme Caroline Goulard sur le site Owni média pure-player. Le data-journalisme, aussi appelé journalisme de données, privilégie les chiffres, les représentations graphiques et les bases de données.
En France, cette nouvelle forme de journalisme peine à s’imposer. A l’inverse, à l’étranger quelques expériences montrent que le data journalism intéresse. Lors de l’affaire des notes de frais en Grande-Bretagne, The Guardian a franchi le pas. Nicolas Kayser-Bril, data-journaliste interviewé par le site Owni, affirme que « le Guardian a mis en ligne toutes les notes de frais et a demandé à ses lecteurs de faire le tri ».
La presse française ne semble pas encore conquise par ce type d’information. Nicolas Vanbremeersch s’interroge sur Slate.fr en citant l’exemple du Tour de France : « Il y a le cas Contador à Verbier. L'homme fait une montée record, et, le lendemain, dans la presse, rien d'autre que du commentaire. On ne donne même pas son temps d'ascension, ou uniquement sur de très rares - et étrangers - sites web ».
Le data-journalisme peine à se développer en France

En France, quelques sites d’information pratiquent cette nouvelle forme de journalisme, comme Mediapart. Le média a en effet créé une carte de la crise sociale en octobre 2008, suite à la succession de plans sociaux pendant la crise. En un week-end, la carte était sur pied et les deux jours suivants elle était actualisée. Pour Mathieu Magnaudeix, responsable de la rubrique sociale de Mediapart,  « cette carte donne à voir l’avalanche de plans sociaux mais pas de manière exhaustive : on voit les licenciements collectifs pour motifs économiques de plus de 50 personnes».
Pourtant, si quelques médias utilisent le journalisme de données, cette méthode a du mal à se répandre en France. On se rend compte que ce sont surtout les sites d’information participatifs qui l’utilisent, comme Mediapart ou Rue 89. Pourquoi les médias traditionnels ne se lancent-ils pas dans cette voie ? Mathieu Magnaudeix explique qu’il s’agit d’un « travail de fond, un travail qu’il faut relancer tout le temps ». La carte de la crise sociale de Mediapart a été consultée plus d’1,5 million de fois. Les visiteurs peuvent alerter le site pour ajouter des éléments sur la carte. Ce système a permis à Mediapart de mettre à jour de nombreuses informations. Pour Mathieu Magnaudeix, il est plus difficile pour un journal de mettre en place ce genre de projet, car « cela tient une journée et retombe le lendemain ; il faut créer un espace sur un site, l’actualiser, cela prend du temps et du travail ».
La France serait-elle en retard sur ce nouveau traitement de l'information ?

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1.Posté par Jérémie le 23/02/2010 11:06
Y'aurait pas un peu confusion entre datajournalisme et "crowdsourcing"? Parce que moi, une carte Google où ce sont les utilisateurs qui signalent les cas de crise sociale, c'est du datagglomération (je trademarke, merci), pas du datajournalisme... L'éditorialisation est la grande perdante de cette carte, malgré la belle tentative : aucune différentiation entre un plan social qui touche 1000 personnes et 19 personnes, le seul regard porte sur le type d'industrie touchée. Dommage donc.

En revanche, je ne peux que rejoindre monsieur Magnaudeix quand il dit que le plus compliqué, c'est l'actualisation et l'espace dédié à ce produit sur une page web : la production sur un site de presse web est telle que l'exposition d'un produit comme ça est exclus sur une durée longue; la force vive des rédactions web est tellement exsangue qu'il semble compliqué de prendre le temps de mettre à jour (et de vérifier les informations des MàJ tout autant...)

Ceci étant dit, la France est clairement en retard sur le journalisme de données, même si on croise des tentatives (par exemple....
- http://www.lemonde.fr/elections-americaines/visuel/2008/11/04/les-resultats-americaines-a-la-carte_1114408_829254.html mais je preche pour ma paroisse là...)

2.Posté par Steeve BOIS le 30/09/2010 09:32
Je tiens à signaler que depuis avril 2009, vous pouvez trouver sur GoodPlanet Info, des cartes interactives présentant différents indicateurs (corruption, faim, pollution de l'air, rapport revenu des hommes vs revenu des femmes etc) à l'échelle de la planète : http://www.goodplanet.info/Accueil2#
Vous pouvez même télécharger ces rapports sous fichier excel :)

3.Posté par Yan Callier le 22/11/2010 15:08
C'est une erreur, je pense, d'opposé éditorial et datajournalisme. Les chiffres ne sont pas plus objectif que les mots. La carte de Google dont parle Jérémie raconte une histoire, et pourrait en raconter une autre en prenant en compte d'autres facteurs. La seule vraie différence est que le datajournalisme s'adresse à l’intelligence visuelle, voilà ce que j'en pense.

ps: J'ai honteusement paraphrasé cet article dans ce commentaire : http://www.internetactu.net/2010/07/09/journaliste-de-donnees-data-as-storytelling/
Il me semble bien plus à même de définir le datajournalisme que l'article ci-dessus.

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