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A la découverte des pure players locauxClément Robin et Déborah Berthier
Dimanche 27 Novembre 2011
Le nombre de pure players locaux ne cesse d’augmenter. Leur enjeu commun : fournir de l’information locale, voire hyperlocale, qui se démarque de la presse quotidienne régionale. Mais le paysage de ces sites d'informations locales n’est pour autant pas uniforme.
Avec les récents lancements des sites Grand-Rouen, CarrédInfo à Toulouse et Rue89 Lyon, les pure players locaux viennent aujourd'hui se frotter aux sites web de presse quotidienne régionale (PQR).
Afficher Pure-Players locaux français sur une carte plus grande Blogs, sites d’informations, agrégateurs d’informations… Comment se différencient tous ces pure-players ?
Dans certaines petites villes, les web journalistes (même bénévoles) ne courent pas les rues. On trouvera donc essentiellement des blogs personnels qui relatent l’information locale avec un certain regard. C’est le cas par exemple du blog d’Hubert Guillaud, LeRomanais, qui publie des informations sur la ville de Romans-sur-Isère depuis 2002. C'était aussi l'idée de Chrystophe Oléon lorsqu'il a crée Greblog en 2006. Son blog, aujourd'hui en restructuration, proposait des informations sur la ville de Grenoble.
Certains sites d’informations locales sont uniquement des agrégateurs d’information. C’est le cas de Pontivynews ou de CentreInfo, qui se propose d’être "un site passerelle à vocation régionale". Ces sites réunissent les informations concernant leur localité sur d’autres sites web ou blogs. Néanmoins, la plupart des sites d’informations locales sont composés d’une équipe de plusieurs rédacteurs, salariés ou bénévoles. Quel modèle économique ?
"Actuellement pour des raisons financières, aucun journaliste n'est salarié, chacun acceptant ce statut dans l'attente de création d'une société chargée de gérer l'économie du journal", affirme Yannick Sourrisseau, responsable de publication à Angers Mag info. A 93-infos, site d’actualité de Seine-Saint-Denis, les deux journalistes, le commercial et les deux correspondants sont eux aussi bénévoles. Mais ce n’est pas le cas de tous les pure players.
Ariègenews, site d’actualités du département de l'Ariège, fonctionne uniquement avec des journalistes salariés. "Nous avons deux journalistes encartés et quatre correspondant locaux. Mais l’équipe devrait bientôt s’agrandir car nous avons le projet depuis plusieurs années, d’étendre notre zone de diffusion" déclare Philippe Bardou, le directeur de publication. D’autres sites d’informations locales ont choisi un modèle participatif ou mixte (journalistes bénévoles et contributions d’internautes). MopNantes par exemple, est alimenté exclusivement par les contributions des internautes. Le site DixNeufInfo, journal d’information du 19ème arrondissement de Paris a quant à lui choisi la solution intermédiaire. La rédaction publie les articles des journalistes mais également les contributions des habitants du 16ème arrondissement.
Angers Mag Info, site d'informations locales à Angers (capture d'écran)
Comment ces sites peuvent-ils tenir financièrement ?
Montpellier Journal a décidé de s’appuyer exclusivement sur les dons de ses internautes mais rares sont les sites qui choisissent cette formule peu lucrative.
D’autres, comme Daily Nord, site d’informations du Nord-Pas-de-Calais, se financent grâce à la vente de contenus et d’espaces publicitaires. Cependant, même avec 30 à 50000 visites par mois, les revenus de ce site ne sont pas suffisants pour permettre à ses journalistes d’en vivre. "On privilégie le projet éditorial, avant le financement", précise Nicolas Montard, fondateur de Daily Nord. En ajoutant qu’il "commence à [se] pencher sur les possibilités de financement" pour permettre au site de s’auto-suffire complètement. Les recettes publicitaires restent la source de revenu principale des pure players. Néanmoins, selon Philippe Bardou, "les seuls revenus publicitaires ne sont pas suffisants pour atteindre l’équilibre. Il faut se diversifier". Le "webzine" participatif Agitateur basé à Bourges et créé il y a 14 ans, n’a pourtant pas fait ce choix. Fonctionnant entièrement sans subventions ni publicités, ce pure-player regroupe des rédacteurs bénévoles. Les articles sont relus et corrigés par les administrateurs en fonction des critères de la charte éditoriale. De façon générale, la situation financière de journaux d’informations locales en ligne semble précaire. Quel avenir pour les pure players ?
Le 2 novembre 2011, le site du quotidien régional Nord Littoral passait au tout-payant. Un risque difficile à prendre pour des pure players locaux qui n'ont pas un journal papier sur lequel se reposer. Pour Philippe Badou ce système ne semble pas applicable aux pure players locaux. « En passant au tout payant, on perdrait entre 80% et 90% de notre lectorat. Et si notre lectorat diminue, on perdra des annonceurs. Seuls des sites comme Médiapart, qui proposent un contenu premium, peuvent se permettre de faire payer un abonnement à leurs lecteurs. Sur Internet, les lecteurs veulent trouver l’information gratuitement.» Pourtant, six jours après Nord Littoral, Sabine Torres, rédactrice en chef de Dijonscope, annonçait le passage au tout-payant de son pure player, après avoir claqué la porte à ses annonceurs.
Confronté à la même difficulté, le site Rue89 a développé le site J’aime l’info. Il s’agit d’une plateforme de dons pour la presse en ligne. Un grand nombre de sites d’informations locales sont déjà inscrits sur cette plateforme. Pourtant, l’apport financier reste maigre. Par exemple, depuis son inscription en mars 2011, le site DixHuitInfo, site d’information du 18ème arrondissement de Paris, a récolté 26,25 euros. L’autre hypothèse serait de voir davantage de pure-players financés par des partis politiques. Brest Ouvert, pure player local et participatif de la « capitale du grand Ouest », est dirigé par des élus municipaux d’Europe Ecologie Les Verts. « Ce n’est pas pour autant un site labellisé », défend Christian Bucher, administrateur du site. « On essaye de balayer largement l’actualité locale avec un ciblage sur les thématiques qui nous touchent le plus ». Avec 800 visites par jour, Brest Ouvert concurrence directement le site de la mairie, qui en compte 3000. Un pure player d’informations locales donc, mais financé par un parti politique, ce qui peut difficilement garantir l’indépendance totale et l’objectivité du traitement de l’information. Lu 4287 fois
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